Les conséquences oubliées : qu’arrive-t-il aux héros accidentels ?

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Les conséquences immédiates d’une crise sont souvent marquées par des actes de courage extraordinaires : des gens ordinaires s’avançant dans des moments de terreur. Mais que se passe-t-il lorsque les caméras s’éteignent, que les distinctions sont distribuées et que le monde continue son chemin ? Pour beaucoup de ceux qui sont salués comme des héros, la réalité est une lutte à long terme contre le traumatisme, la négligence et un manque flagrant de soutien.

L’héroïsme immédiat

L’instinct d’aider, même au prix de grands risques personnels, est une puissante réponse humaine à la violence. Des cas comme celui d’Anneke Weemaes-Sutcliffe lors des attentats à la bombe à l’aéroport de Bruxelles en 2016 – qui est revenue soigner les blessés malgré le danger persistant – en sont un bon exemple. De même, des passants comme « Bollard Man » à Bondi Junction et « Trolley Man » à Melbourne sont devenus instantanément des symboles de bravoure, recevant même une reconnaissance publique et un soutien financier. Ahmed al-Ahmed, qui a désarmé un tireur à Bondi Beach, a reçu des éloges politiques et un tourbillon d’attention médiatique.

Ces actions apportent un espoir crucial à la suite d’une tragédie ; Pourtant, ils laissent souvent aux personnes concernées de profondes blessures psychologiques.

Les coûts à long terme

Pour beaucoup, la réalité est brutale. Les recherches du Dr Thomas Voigt, qui a interviewé 24 lauréats australiens du prix de bravoure, révèlent que près de 90 % d’entre eux souffrent de trouble de stress post-traumatique (SSPT) ou présentent des symptômes associés. Un troisième est confronté à des difficultés financières en raison de l’impact sur sa capacité à travailler.

Le système est conçu pour reconnaître le courage, mais ne parvient pas à fournir un suivi adéquat. Le personnel des services d’urgence reçoit un soutien structuré, mais les civils qui assument ces rôles sont en grande partie livrés à eux-mêmes. Voigt lui-même en a fait l’expérience, remportant une médaille de bravoure pour avoir désarmé un homme armé et luttant ensuite contre le SSPT pendant des décennies.

Le rôle des médias dans les traumatismes

Les médias, bien que cruciaux pour rendre compte des événements, peuvent exacerber le traumatisme. Le Dr Fiona Reynolds, qui a étudié les survivants du glissement de terrain de Thredbo en 1997, note comment des survivants comme Stuart Diver – le seul survivant à avoir perdu sa femme dans la catastrophe – ont été plongés dans des récits de « héros » indésirables.

L’envie de créer des héros à partir du chaos est un moyen de donner un sens à des événements insensés. Mais cette simplification ignore la complexité du traumatisme et réduit souvent les individus à des figures unidimensionnelles liées à jamais à la tragédie. Les projecteurs se déplacent, laissant certains sentiments de côté.

Croissance post-traumatique et besoin de changement

Alors que beaucoup luttent, certains connaissent une croissance post-traumatique : un phénomène psychologique où les gens trouvent un sens ou une appréciation plus profonde à la vie après l’adversité. Pour Weemaes-Sutcliffe, cela signifie un sentiment accru de gratitude pour les joies quotidiennes.

Cependant, cette croissance n’annule pas l’échec systémique à soutenir ceux qui agissent de manière héroïque. Tant que des services d’intervention formels ne seront pas disponibles pour les civils, nombre d’entre eux continueront à souffrir en silence.

Le système actuel reconnaît la bravoure mais ne parvient pas à protéger la santé mentale de ceux qui l’incarnent. Reconnaître cette lacune est crucial pour garantir que les héros accidentels ne paient pas le prix de leur courage à vie.