L’Union européenne est sur le point de remodeler le commerce international avec le lancement de son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACB) le 1er janvier 2026. Cette politique historique introduit un droit de douane sur les importations à forte intensité de carbone, pénalisant de fait les pays qui sont à la traîne dans leurs efforts de réduction des émissions. Il s’agit du premier système de ce type au monde, et ses implications s’étendront bien au-delà de l’Europe.
La fin de l’action climatique volontaire
Pendant des années, les accords internationaux sur le climat se sont appuyés sur une participation volontaire. Les nations dont les normes environnementales sont faibles pourraient polluer librement, sans subir de conséquences économiques directes au-delà de la hausse des coûts de l’énergie. Le CBAM change cette situation en créant un frein financier à l’inaction. L’UE ne se contente plus d’encourager la réduction des émissions ; il les fait respecter par le biais du commerce.
Cette politique découle du système d’échange de quotas d’émission (ETS) existant de l’UE, créé en 2005. Ce système interne oblige les industries à payer pour leurs émissions de carbone, actuellement autour de 76 € par tonne de CO2. Le CBAM étend ce principe aux importations, garantissant que les producteurs étrangers soient confrontés à des coûts similaires. L’acier, le fer, l’aluminium, le ciment, les engrais, l’hydrogène et l’électricité comptent parmi les premiers produits visés.
Fuites de carbone et pression mondiale
L’une des principales préoccupations à l’origine du CBAM est la « fuite de carbone » – la délocalisation des industries polluantes vers des pays aux réglementations laxistes. En égalisant les règles du jeu, l’UE vise à empêcher cela. Comme l’explique Ellie Belton d’E3G, « l’UE a été très claire sur le fait qu’elle n’accorderait aucune exemption, car cela créerait essentiellement un paradis pour la pollution où la production la plus sale serait délocalisée. »
Le CBAM donne déjà des résultats. Le Brésil et la Turquie ont commencé à mettre en œuvre leurs propres systèmes de tarification du carbone en réponse aux nouveaux tarifs européens. D’autres pays, dont le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada et Taiwan, envisagent également des mesures similaires. La décision de l’UE n’est pas un événement isolé ; c’est l’avant-garde d’une tendance mondiale vers des barrières commerciales liées au carbone.
Un avenir fragmenté ?
Même si le CBAM est révolutionnaire, son efficacité à long terme dépend de la coopération internationale. Le scénario idéal serait un système mondial unifié de tarifs carbone. Cela maximiserait l’effet de levier économique, obligeant une adoption plus large des réductions d’émissions. Cependant, comme le note Belton, une mosaïque de droits de douane incompatibles est plus probable. Le système de l’UE sera mis en place progressivement, les taxes complètes ne s’appliquant pas avant 2034. Le Royaume-Uni négocie la compatibilité avec le système de l’UE, mais une coordination plus large reste incertaine.
La taxe carbone aux frontières de l’UE est un signal clair : l’inaction face au changement climatique entraîne désormais un coût économique direct. Cette politique marque un passage décisif de la coopération volontaire à la responsabilité forcée, et ses effets d’entraînement se feront sentir dans le monde entier.
Le CBAM ne concerne pas seulement le commerce ; il s’agit de remodeler les incitations économiques derrière les émissions mondiales.
